Blackfish n’en finit pas de faire souffrir SeaWorld

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Blackfish

Résumé

Blackfish, film documentaire de Gabriela Cowperthwaite sorti en 2013 n’en finit pas de pénaliser Seaworld aux États-Unis. Véritable plaidoyer contre la captivité des orques, Blackfish se concentre sur l’histoire de Tilikum, un orque kidnappé à son clan d’orques vivant libres en 1983 alors qu’il n’était qu’un bébé et retrace sa vie d’emprisonnement, de souffrance, les attaques qu’il subit pendant des mois de la part des orques femelles avec lesquelles il est contraint de cohabiter dans un bassin, son isolement ensuite, qui aboutit aux dramatiques évènements où Tilikum va tuer, par trois fois.

Le dernier de ces drames date de 2010, quand Tilikum tue sa dresseuse. Seaworld, loin de comprendre que la captivité ne réussit pas à cet orque (ou à toute orque d’ailleurs), décide en conséquence de cet acte de droguer Tilikum et de le maintenir pendant plusieurs mois dans un bassin minuscule de 6 mètres de long et de 9 mètres de profondeur (Tilikum mesure 6,5m), dans le noir complet, aggravant encore sa dépression et ses pathologies psychiatriques. Aujourd’hui, Tilikum n’a plus de dents à la mâchoire inférieure à force de ronger continuellement les barres d’acier qui entourent son bassin.

Le documentaire ne traite pas uniquement de la vie de Tilikum mais revient également sur les affirmations mensongères de Seaworld, notamment l’assertion comme quoi les baleines en captivité vivent plus longtemps, fait scientifiquement faux selon Cowperthwaite.

Un grand succès sur le territoire américain

Le documentaire a été vu par 21 millions de personnes lors de sa diffusion sur CNN en octobre 2013, un succès retentissant. Il a également été beaucoup vu et partagé sur la toile.

Grâce à ce documentaire, le public a découvert l’envers du décor des delphinariums et a même incité une partie des téléspectateurs à se tourner vers le militantisme, nourrissant un mouvement qui demande l’interdiction de la captivité des orques aux États-Unis. Le monde politique a réagi a cette indignation populaire et le 20 février 2014 l’élu démocrate Richard Bloom a présenté une proposition de Loi dite de bien-être et de sécurité de l’orque (« Orca Welfare and Safety Act ») qui demandait l’interdiction de la pêche des orques et de leur reproduction en captivité en Californie. Malheureusement, le comité chargé d’étudier ce texte a repoussé sa décision à 2015.

Manifestation au SeaWorld d'Orlando
Manifestation au SeaWorld d’Orlando

Les artistes ont également montré leur soutien au mouvement Blackfish par des déclarations publiques, des tweets, et en décembre 2013, une quinzaine de groupes de rock qui devaient se produire au SeaWorld Orlando de Floride dans le cadre d’un festival ont décidé de boycotter l’évènement et ont annulé leur participation.

Début août, c’est la compagnie aérienne Southwest Airlines qui a mis fin à son partenariat avec le groupe Seaworld.

Seaworld depuis la sortie de Blackfish est la cible des médias et des réseaux sociaux. La société se défend, dénonce selon elle le contenu « malhonnête » du documentaire, et a mis en place des campagnes de promotion de son éthique et de ses méthodes… Tout pour conserver ses 26 millions de visiteurs annuels. Seaworld n’a cependant pas pu nier plus longtemps les dommages que le documentaire lui a infligé et vient tout juste d’en admettre les conséquences économiques dans un communiqué.

Le pouvoir de l’information pénalise l’économie de l’esclavage

Le groupe américain a annoncé mercredi 13 août 2014 une baisse de 5% de son chiffre d’affaires pour les 6 premiers mois de 2014 et table sur un recul global de 7% pour l’année 2014. Une annonce qui n’a pas du tout plu à Wall Street, le titre Seaworld ayant perdu 30% de sa valeur le jour même, atteignant alors sa valeur la plus basse jamais atteinte depuis son introduction en Bourse en avril 2013.

Le groupe ne s’annonce pas vaincu et continue son travail de communication: un communiqué du vendredi 15 août a fait connaître le projet de Seaworld de construire des delphinariums plus « spacieux ». Un delphinarium nouvelle génération qui sera construit tout d’abord à San Diego en Californie et contiendra 38 millions de litres d’eau pour une surface de 6.000 mètres carrés et une profondeur de 15 mètres. Puis ce sera le tour des parcs SeaWorld d’Orlando en Floride, et de San Antonio au Texas. Et le groupe ne s’arrête pas là dans sa volonté de se refaire une virginité et a annoncé financer à hauteur de 10 millions de dollars « l’étude et la protection des orques dans leur environnement naturel ». L’organisation de défense des animaux PETA a estimé que l’annonce de SeaWorld ne servait qu’à « gagner du temps, alors que les gens comprennent la souffrance des orques en captivité ».

Tilikum par Emily Watson
Tilikum par Emily Watson

Le mouvement Blackfish va-t-il atteindre la France?

Selon la direction de Marineland, le Seaworld français ouvert en 1970 à Antibes, la France serait pour l’instant sans réaction. Avec raison selon Bernard Giampaolo, directeur général de Marineland qui affirme:  » Les pratiques que dénonce le documentaire Blackfish n’ont plus cours depuis longtemps dans nos parcs animaliers ».

Le documentaire a eu cependant un réel succès d’audience lors de sa diffusion sur Arte le 27 juin 2014. Il a été vu par près d’un million de téléspectateurs, ce qui est un record pour la chaîne.

Le mercredi 13 août, jour de publication des chiffres de Seaworld, Marineland a enregistré une « fréquentation record » selon Bernard Giampaolo. Il concède: « Les chiffres n’ont pas été très bons en juillet. Mais cela s’explique davantage par la Coupe du Monde, la crise et le mauvais temps. Toute la Côte d’Azur a été touchée. Août est un mois tout à fait normal. » Pour l’heure, la fréquentation de ce parc d’attraction, qui attire 1,3 million de visiteurs, dont 800.000 pour le seul parc animalier, n’aurait pas été touchée.

On peut cependant espérer que la France réagisse car Blackfish ne s’adresse pas qu’au public américain, il est universel. Lamya Essemlali, présidente de Sea Shepherd France va dans ce sens: « Tout l’intérêt du documentaire est d’être le premier à montrer l’envers du décor des delphinariums, ces machines de communication qui vous expliquent que leurs orques sont les plus heureuses du monde et que l’animal est adapté à la vie en captivité. »

Et il est soutenu par la communauté scientifique, malgré ce qu’en dit Seaworld: « L’espèce n’est pas faite pour vivre en captivité», assure Christophe Guinet, chercheur ai Centre d’études biologiques de Chizé, spécialiste des orques. À l’état sauvage, ce super-prédateur parcourt une centaine de kilomètres par jour, a des relations sociales à très long terme avec quelques individus et supporte très mal d’en être séparé ».  » Sans parler du sonar, très utilisé par l’orque pour se déplacer, ajoute Lamya Essemlali. Dans un bassin en béton, il ne sert plus à rien. »

Dessin de Berth
Dessin de Berth

Si l’économie américaine plonge, qu’en est-il du reste du monde?

Selon Christophe Guinet, « un delphinarium ouvre chaque mois en Chine. »

Blackfish, une inspiration possible pour le mouvement de libération animale?

Le mouvement des droits des animaux a tout à gagner à développer cette technique d’éclairage de la souffrance et de l’exploitation animales. En effet, la plupart des gens participent à la souffrance animale parce qu’ils n’ont pas vraiment conscience de celle-ci, et parce qu’elle ne se déroule pas sous leurs yeux. Blackfish nous montre que des « amoureux des animaux » peuvent grâce à un documentaire devenir des défenseurs des animaux jusque dans leurs actes: par le boycott, par le partage de l’information et par l’organisation de manifestations comme cela a été fait devant Seaworld.

C’est d’ailleurs la raison pour laquelle depuis de nombreux mois les corporations agricoles américaines veulent rendre illégale toute image volée dans un élevage, pour ne pas éveiller les consciences: et Blackfish avec ses images vraies, ses analyses d’experts, ses témoignages de dresseurs est un argument très efficace en faveur du boycott des delphinariums.

Ce modèle pourrait être appliqué à bien des aspects de l’exploitation animale, par exemple aux autres industries des loisirs comme le cirque. Montrer les conditions non naturelles dans lesquelles sont maintenus les animaux de cirque, les pratiques de dressage, la privation de liberté et la souffrance que cela implique pour les animaux pourrait nuire à Medrano et compagnie comme Blackfish nuit actuellement à Seaworld.

Blackfish est donc prometteur, d’abord pour l’impact actuel qu’il a sur l’industrie des delphinariums américains, mais aussi pour la piste de développement qu’il augure à l’activisme végane. Nous pouvons nous avancer et prédire que Blackfish ne sera pas le dernier documentaire du genre à permettre enfin aux téléspectateurs de voir au-delà des paillettes l’envers et l’enfer du décor.

Une orque et sa dresseuse

Sources: http://www.lemonde.fr/economie/article/2014/08/15/seaworld-emmene-par-le-fond-apres-la-diffusion-d-un-documentaire_4472207_3234.html • http://www.20minutes.fr/planete/1430075-20140819-orques-captivite-si-effet-blackfish-gagnait-aussi-marineland • http://www.liberation.fr/monde/2014/08/15/seaworld-coule-par-ses-orques_1080562 • http://mic.com/articles/96590/how-blackfish-completely-revolutionized-activism-in-america?utm_source=huffingtonpost.com&utm_medium=referral&utm_campaign=pubexchange • http://fr.wikipedia.org/wiki/Blackfish

2 Réponses

  1. […] Blackfish n'en finit pas de faire souffrir SeaWorld CherryPepper Magazine Vegan. Résumé Blackfish, film documentaire de Gabriela Cowperthwaite sorti en 2013 n’en finit pas de pénaliser Seaworld aux États-Unis. […]

  2. Nous sommes avec Blackfish et avec Tilikum …… tout notre amour pour lui ….. <3
    Nous le remercions d'ailleurs vivement pour les vérités ! Victory !

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